Notre Histoire
MORÈRE 1897 est né de la rencontre entre l'histoire d'une famille française installée au Vietnam depuis 1897 et la mémoire préservée par la communauté M'Nông Chil, qui a sauvé les plantations de Bourbon Pointu de l'oubli pendant plus de trois décennies. Voici cette histoire, racontée par Pierre Morère.
1897, Yersin et les origines de Dalat
Il y a des dates qui marquent le début d'une histoire. 1897 est l'une d'elles. Mes arrière-grands-parents sont arrivés au Vietnam cette année-là. La même année, le Dr Alexandre Yersin, médecin et bactériologiste découvreur du bacille de la peste, mais aussi explorateur, transmettait au Résident supérieur de l'Indochine un avis décisif en faveur d'un plateau qu'il avait repéré en 1893 : le plateau du Lang Bian, à 1500 mètres d'altitude, aux sols volcaniques d'une richesse incomparable. C'est ce site qui deviendra Dalat.
Yersin pensait en termes de qualité, de pérennité, de respect du climat et du sol. Il savait que ce plateau pouvait accueillir les variétés les plus nobles, les plus délicates, celles qui ne poussent que dans des conditions exceptionnelles.
Le Dr Alexandre Yersin, dont l'exploration du plateau du Lang Bian a donné naissance à Dalat.
La famille Faraut-Morère aux côtés de Yersin
Mes arrière-grands-parents maternels se sont installés à Hué. Adolphe, le pionnier, avait été envoyé depuis la France pour s'occuper des jardins de l'empereur. Son fils, Lucien Faraut, a préféré se retirer dans les montagnes et devenir l'un des premiers agriculteurs à prospérer sur les Hauts Plateaux, près de Dalat. Lui et Yersin étaient bons amis, et c'est sans doute sur ses recommandations qu'il a choisi de s'installer là-haut, dans les confins.
Du côté paternel, mon grand-père Auguste Morère a introduit le café et l'hévéa dans la région de Phu-Riêng, dans la province de Binh Phuoc, dans les années 1920.
D'où vient le café Bourbon Pointu ?
Le Bourbon Pointu, ou Coffea arabica var. laurina, est une variété originaire de l'île de La Réunion, découverte au XVIIIe siècle. Elle se distingue par ses grains allongés et pointus, et surtout par une teneur en caféine exceptionnellement faible : environ 0,6 %, contre 1,2 % pour un arabica classique. Cette particularité lui confère une douceur naturelle et une rondeur en bouche sans amertume, avec un profil aromatique d'une grande finesse : notes florales de jasmin et de fleur d'oranger, caramel subtil, longueur en bouche exceptionnelle.
C'est avant 1915 que la famille Faraut s'installe à Dalat. Quelques années plus tard, elle met en production le Bourbon Pointu dans la région des Hauts Plateaux, convainquant les populations locales de Dalat et de Da Sar de planter du café autour du village. Le Bourbon Pointu n'est pas un café facile : ses rendements sont faibles et ses exigences climatiques strictes. Mais Dalat réunissait tous les atouts nécessaires : altitude, nuits fraîches, brumes matinales, sols volcaniques, couvert forestier.
La récolte des cerises de Bourbon Pointu se fait exclusivement à la main, cerise par cerise.
Pourquoi le Bourbon Pointu est-il si rare ?
Aujourd'hui, cette variété quasi disparue ne se trouve plus que dans quelques terroirs au monde : La Réunion, le Japon, et Dalat au Vietnam. Plusieurs raisons expliquent cette rareté :
- Des rendements extrêmement faibles : un caféier Bourbon Pointu donne 150 à 300 grammes de café vert par an, contre 1 à 2 kilos pour une variété standard.
- Des exigences climatiques strictes : altitude entre 1200 et 1600 mètres, températures fraîches et stables, forte amplitude thermique jour/nuit, sols volcaniques riches.
- Un savoir-faire ancestral indispensable, que seuls les M'Nông Chil, qui travaillent ce terroir depuis des générations, possèdent encore pleinement.
1976 : l'abandon forcé des plantations
La plantation familiale a prospéré jusque dans les années 1970. Puis la guerre du Vietnam a tout bouleversé : mes parents ont poursuivi leur travail tant qu'ils le pouvaient, avant de devoir quitter le pays en 1976. Les plantations n'ont pas disparu : elles ont été englouties par la forêt. Pendant plus de trois décennies, les caféiers ont survécu à l'état semi-sauvage dans la forêt tropicale humide, protégés par la canopée et nourris par les sols basaltiques des Terres Rouges.
Mais les M'Nông Chil n'ont pas oublié. Ils ont gardé la mémoire exacte de l'emplacement de ces plantations, transmise de génération en génération.
Qui sont les M'Nông Chil ?
Il y a des rencontres qui marquent une vie. Celle avec les M'Nông Chil appartient à cette catégorie. En 2007, je suis retourné sur les terres familiales et retrouvé la communauté du village de Da Sar, qui avait travaillé avec mes grands-parents. Cette région, interdite aux étrangers à l'époque, était restée préservée de l'urbanisation galopante.
Ce sont les M'Nông Chil qui m'ont accompagné dans les forêts et les hautes collines à la recherche des caféiers centenaires. Sans leur mémoire et leur connaissance intime du terrain, jamais je n'aurais retrouvé ces arbres dispersés dans la montagne. C'est même la communauté qui m'a demandé de préserver et de promouvoir ce café : elle ne voulait pas que cette histoire disparaisse.
Pierre Morère avec deux membres de la communauté M'Nông Chil de Da Sar, gardiens de la mémoire des plantations.
J'ai alors passé huit années auprès d'eux à réapprendre les méthodes traditionnelles de culture, avant de reconstruire la plantation de mon grand-père, en respectant les méthodes ancestrales, sans pesticides, en préservant la forêt primaire.
Un combat commun pour la forêt primaire
Notre projet dépasse la simple production de café. Notre plantation se trouve aux portes du Parc National Bidoup Nuiba, 65 000 hectares de forêt en périphérie de Dalat. Partout autour, des hectares de serres plastifiées grignotent les terres cultivables et repoussent l'agriculture vers les forêts de montagne, provoquant érosion des sols et perte de biodiversité. Préserver le Bourbon Pointu, c'est aussi préserver cet écosystème, une mission que porte également Rewild Asia Institute, notre branche dédiée à la conservation et à la restauration des écosystèmes en Asie.
Les caféiers Bourbon Pointu poussent sous canopée naturelle, au cœur de la forêt primaire.
Un café reconnu par les plus grandes tables
Le Bourbon Pointu Morère 1897 est encouragé par Pierre Gagnaire, chef trois étoiles Michelin, et salué par Jacques Pourcel, également trois étoiles. Il est distribué par Annam Gourmet et a été sélectionné par La Grande Épicerie de Paris pour ses dégustations d'exception. Mais au-delà de cette reconnaissance, c'est l'histoire qui compte : celle d'une alliance humaine entre deux familles, deux cultures, deux générations, et tout un village, puisque j'ai fini par vivre à Da Sar pendant plus de dix ans.
Aujourd'hui, cette histoire continue dans chaque tasse. Découvrez le Bourbon Pointu et les cafés d'exception de la famille Morère.
Découvrir nos cafésQuestions fréquentes
Qu'est-ce que le café Bourbon Pointu ?
C'est une variété rare de café arabica (Coffea arabica var. laurina), originaire de l'île de La Réunion, reconnaissable à ses grains allongés et pointus et à sa faible teneur en caféine, qui lui donne une rondeur en bouche sans amertume.
Comment le Bourbon Pointu est-il arrivé au Vietnam ?
Il a été introduit avant 1915 par Lucien Faraut, pionnier de Dalat aux côtés du Dr Alexandre Yersin, qui a identifié le plateau de Dalat comme un terroir idéal pour cette variété exigeante.
Qui est Pierre Morère ?
Descendant de la famille Faraut-Morère installée au Vietnam depuis 1897, Pierre Morère a retrouvé en 2007 les plantations familiales abandonnées depuis 1976, grâce à la mémoire préservée par la communauté M'Nông Chil du village de Da Sar.
Pourquoi le Bourbon Pointu Morère 1897 est-il si rare ?
Sa production reste confidentielle, quelques centaines de kilos par an, en raison des rendements très faibles du caféier, de la récolte exclusivement manuelle et du tri cerise par cerise, réalisés selon des méthodes artisanales sans pesticides en forêt primaire.